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Passer d'une approche réactive à une approche proactive : l'élément manquant dans la mise en œuvre de Vision Zéro

5 mai 2026 par
Passer d'une approche réactive à une approche proactive : l'élément manquant dans la mise en œuvre de Vision Zéro
Flow Analytics by AGC

En 2024, le nombre stupéfiant de 19 940 personnes ont perdu la vie dans des accidents de la route à travers l’Union européenne,  selon les dernières statistiques de la Commission européenne sur la sécurité routière. Derrière chaque chiffre se cache une famille, une communauté, une vie bouleversée à jamais. Si l’Union européenne poursuit ses progrès, le rythme actuel des changements souligne un défi persistant. Plutôt que de considérer ce chiffre comme une simple statistique, le mouvement Vision Zéro, en pleine expansion, met en lumière la nécessité de repenser la gestion de la sécurité routière en Europe.

Les villes et les gouvernements nationaux de toute l'UE se sont engagés à éliminer les décès et les blessures graves sur les routes. Pour atteindre cet objectif, il faut plus que de l'ambition : il est nécessaire d'adopter des solutions proactives en matière de mesure et de gestion de la sécurité routière. 

Qu’est-ce que la Vision Zéro ? 

Né en Suède, le concept Vision Zéro repose sur le principe qu'aucune perte de vie n'est acceptable. Son principe fondamental est l'approche du système sûr, qui reconnaît que l'erreur humaine est inévitable et que la responsabilité de prévenir les accidents mortels incombe non seulement aux usagers de la route (conducteurs, cyclistes, piétons), mais aussi aux concepteurs d'infrastructures, aux décideurs politiques et aux planificateurs des transports. Cette approche comprend la conception de routes qui anticipent les erreurs courantes, la gestion des vitesses pour réduire les forces d'impact, la protection des usagers vulnérables et le suivi continu des performances en matière de sécurité. 

L’évolution de la mortalité routière et des progrès en matière de sécurité varie selon les pays européens (Commission européenne, 2026). La Belgique a enregistré une baisse modérée du nombre de décès sur les routes ces dernières années, avec une diminution de 27 % depuis 2019, mais ce chiffre reste supérieur à l’objectif de réduction. La France poursuit ses efforts pour atteindre ses objectifs grâce à des programmes de contrôle et de surveillance, mais avec 48 décès par million d’habitants en 2024, elle demeure au-dessus de la moyenne européenne de 45. La Finlande figure parmi les pays les plus performants et a réduit régulièrement le nombre de décès sur les routes au cours de la dernière décennie, ce qui lui a valu d’être reconnue pour ses progrès à long terme. Ces disparités expliquent pourquoi les villes de chaque pays recherchent des stratégies plus proactives et fondées sur les données afin d’identifier les risques et de prioriser les interventions avant que les accidents ne surviennent. 

L’Union européenne s’est fixé un objectif intermédiaire de réduction de 50 % du nombre de décès et de blessures graves sur les routes d’ici à 2030, avec l’ambition ultime d’atteindre un nombre de décès quasi nul d’ici à 2050. Pour atteindre ces objectifs, Vision Zéro nécessite une approche structurée, cohérente et fondée sur les données. 

Les défis auxquels les villes sont confrontées 

Malgré un fort engagement politique, de nombreuses villes rencontrent des difficultés pour mettre en œuvre la Vision Zéro. Parmi les obstacles les plus courants, on peut citer : 

  • Ressources limitées : les villes doivent choisir avec soin où les interventions en matière de sécurité auront le plus grand impact. 
  • Difficulté à prioriser les sites : sans indicateurs de risque fiables, il peut être difficile de déterminer quelles intersections nécessitent une intervention urgente. Les accidents aux intersections représentent environ 43 % du total des accidents corporels et 21 % des décès sur les routes de l’UE (Simon et al., s.d.). 
  • Mesure des progrès : étant donné que les accidents graves sont rares, le fait de se fier uniquement aux données relatives aux accidents rend difficile le suivi des progrès à court terme. 

Pourquoi les données d'accident ont des limites 

Les données relatives aux accidents demeurent un élément essentiel de la gestion de la sécurité routière, car elles indiquent les lieux des collisions et permettent de mieux comprendre le problème. Cependant, leur principale limite est qu'elles ne révèlent les dommages qu'après la survenue d'une collision. 

Lorsqu'un lieu est statistiquement identifié comme « à haut risque », de nombreuses personnes ont déjà été blessées ou tuées. Les accidents graves sont statistiquement peu fréquents par rapport aux interactions quotidiennes avec la circulation, ce qui signifie que l'identification de tendances significatives peut prendre des années. Entre-temps, des conditions dangereuses peuvent persister sans être détectées. Les incidents mineurs et les quasi-collisions ne sont souvent pas signalés, ce qui ne permet pas de comprendre comment le risque évolue dans des lieux spécifiques. 

De plus, les rapports d'accident décrivent généralement les conséquences plutôt que les comportements sous-jacents qui contribuent aux collisions. Ils peuvent consigner qu'un accident s'est produit à une intersection, mais ils mettent rarement en évidence des schémas récurrents tels que le non-respect des priorités, les freinages brusques fréquents ou les conflits avec les feux rouges. Sans une analyse de ces facteurs précurseurs, les interventions risquent de s'attaquer aux symptômes plutôt qu'aux causes profondes. 

Si l'objectif de Vision Zéro est d'éliminer les décès, attendre que les accidents s'accumulent avant d'agir est contraire à cet objectif. Pour mieux anticiper les risques, les villes doivent compléter les statistiques d'accidents par des indicateurs proactifs d'interactions dangereuses. 

Comment la détection des quasi-accidents soutient la mise en œuvre de Vision Zéro 

Pour passer d'une gestion réactive à une gestion proactive de la sécurité routière, les villes doivent anticiper les risques avant même qu'une collision ne survienne. La détection des quasi-accidents permet d'identifier les interactions à haut risque : ces moments où une collision est évitée de justesse. Ces incidents révèlent des faiblesses dans la conception des routes, la fluidité du trafic ou le comportement des usagers, faiblesses que les données d'accidents traditionnelles ne permettent pas toujours de déceler.

Grâce aux progrès des technologies de détection telles que le LiDAR et la surveillance des trajectoires, les usagers de la route peuvent être suivis en temps réel. La reconstitution des schémas de déplacement permet de détecter et de quantifier les conflits de circulation à l'aide d'indicateurs de sécurité établis, tels que : 

  • Temps avant collision (TAC): le temps estimé restant avant que deux usagers de la route n'entrent en collision s'ils continuent sur leurs trajectoires actuelles. 
  • Temps post-empiètement (TPE): la différence de temps entre le moment où un utilisateur quitte un point de conflit et celui où un autre y entre 
  • Indicateurs de risque comportementaux: schémas tels que freinages brusques, manœuvres de virage dangereuses, refus de priorité ou conflits avec les feux rouges. 

Ces incidents évités de justesse sont bien plus fréquents que les accidents graves, générant ainsi des ensembles de données plus riches. Intégrées aux systèmes de surveillance du trafic des villes intelligentes, les analyses des incidents évités de justesse permettent aux autorités de transport d'identifier précisément les points noirs, d'évaluer les intersections en fonction des niveaux de risque réels, d'allouer les ressources aux endroits où des interventions de sécurité sont les plus urgentes et d'évaluer l'efficacité des mesures mises en œuvre au fil du temps. De plus, les informations structurées issues de ces incidents peuvent étayer les décisions de financement et la planification, en veillant à ce que les investissements soient orientés vers des interventions ayant un impact mesurable.  

Des solutions comme Flow Analytics by AGC intègrent des fonctionnalités de détection des quasi-accidents, permettant aux villes de surveiller les risques en temps réel et de mettre en œuvre des mesures de sécurité proactives. Au lieu de se fier uniquement aux statistiques d'accidents passés, les villes peuvent désormais suivre les risques en temps réel et soutenir l'objectif « Zéro accident » grâce à l'analyse prédictive.  

Ce changement représente une étape indispensable si l'Europe veut atteindre ses objectifs de sécurité routière pour 2030. Car la voie vers le zéro accident ne commence pas après une collision, mais bien par l'identification des risques avant l'impact.

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